samedi 27 mars 2010

Toile d'araignée

Voici le compte rendu de la visite de Domenico Curcio par notre "reporteuse" Alexia Jooris

le texte est un peu long, c'est pourquoi je vous invite à cliquer sur le bouton ci-dessous pour l'afficher

Spoiler:

Assomption, salle polyvalente.
Les élèves de 5ième et rhéto commencent à s’installer au milieu du brouhaha des conversations animées et des bruits de chaises. Sur le vieux et célèbre piano de bois, on a installé un minuscule ordinateur blanc qui, pour quelques instants, se fait passer pour le pianiste en diffusant un avant goût de ses mélopées. Quelques minutes d’attente et le voila enfin ! Le VIP de cet après-midi, Domenico Curcio, pianiste solo et un peu utopiste. S’avançant vers les élèves, le voila accueilli par une foule en délire.
« Mais je n’ai encore rien fait ! », s'exclame-t-il, amusé.
Le jeune pianiste a l’air joyeux et sympathique. Mais qui est-il ?
Alors qu’il installe tout son matériel, Mme Sohy nous le présente. Domenico Curcio est un passionné de piano qui a créé un projet à part. Il a inventé une autre manière de faire de la musique en décidant de la partager avec un maximum de personnes et surtout de se libérer de l’industrie de la musique devenue trop commerciale. Pour cela, il trace son propre chemin grâce aux nouveaux systèmes de communication.
En effet, le matériel qu’installe Domenico consiste en deux micros et une petite camera. Ce pianiste ultra moderne nous explique:
« Aujourd’hui, pour faire de la musique il faut aussi faire du business car les maisons de disque cherchent surtout le profit, la rentabilité. Il devient difficile de trouver sa place dans le monde de la musique car ces maisons ne veulent plus prendre le risque en paraint sur de nouveaux talents. D’où mon projet d’utiliser internet pour toucher directement le public. »
Car c’est bien cela le projet fou: ce pianiste utilise internet comme moyen de diffusion de sa musique, utilisant tous les supports possibles et imaginables tels que Facebook, Twitter, les blogs, son site, etc. En plus de diffuser sa musique gratuitement sur son site personnel, Domenico Curcio fait des concerts à domicile qu’il filme et diffuse sur le web en direct via webcam et micro. « Le public est à la base de la carrière », continue de nous expliquer le cyber musicien.
« Je ne veux pas que l’argent soit une barrière à la musique, c’est pourquoi j’ai lancé cette idée de concert à domicile et sur invitation. Tout ce que je demande, c’est d’avoir un piano bien accordé, une connexion internet et que les gens prennent en charge mes frais de voyage. »
Car oui, Domenico joue le ménestrel, offrant des concerts un peu partout en Belgique et même à Paris ou ailleurs. Un élève lui demande s’il travaille seul.
« Non, ma femme m’aide en s’occupant du chat (lisez TCHAT, nds) et en me transmettant les questions des internautes. »
Domenico travaille aussi comme formateur mais il s’arrange pour que ses concerts tombent le week-end ou concentre ses heures en une grosse journée pour gagner une après-midi de libre, il prend parfois un congé sans solde... Quand on aime, on ne compte pas!
La particularité de sa musique c’est l'esprit de liberté dans lequel elle se crée et se répand. En effet, même si ce pianiste ne joue pas debout, il n’en est pas moins libre. C'est-à-dire qu’il crée et diffuse lui-même sa musique et surtout qu’il ne passe pas par la « Sabam ». La Sabam est une organisation qui se charge de protéger les droits d’auteurs et qui, en théorie, reverse un peu d’argent à l’artiste.
« Mais en pratique, l’artiste reçoit très peu d’argent. En tout cas, il ne peut pas vivre de sa musique, et dans ce système, on n’est pas libre. Moi, je propose une musique que n’importe qui peut réutiliser pour recréer quelque chosed'autre, faire du rap dessus par exemple. »
Petit clin d’œil au rappeur déclaré de l’Assomption. Un autre élève lui demande s’il gagne de l’argent avec sa musique. Le pianiste déclare que non ou très peu. Il « vit » surtout des dons que font ses fans sur son site et offre la possibilité d’acheter son album autoproduit qu’on peut toujours télécharger gratuitement. Soulignons que 2 euros sur le prix de l’album va à UNICEF.
« Quel est votre lien avec le thème "Utopie" de notre projet ? », demande encore un élève.
Très bonne question selon Mme Sohy. Le lien, c’est que notre pianiste veut toujours aller de plus en plus loin dans son idée, dans son rêve vise toujours l’utopie qui finit par se concrétiser. Mais alors, il n'y a plus d'utopie? Si, puisque les limites du rêve sont sans cesse repousées plus loin...
Parlons musiquemaintenant ! La musique de Domenico Curcio ressemble à des musiques de film, bien que l'artiste avoue n'avoir jamais écrit de partitions mais travailler à partir de pas mal de thèmes qui lui traînent dans la tête.
« Vous voudriez faire de la musique pour un film ? » demande encore un autre élèvedécidément bien curieux ! Le cyber pianiste répond que c’est en effet son but mais qu’il est très difficile à atteindre. Le besoin de notoriété est grand et d’autres obstacles barrent encore la route...
Enfin, le pianiste se met à jouer.
Silence dans la salle, les élèves sont subjugués par la douce musique qui sort de l’instrument. Quoique! Notre vieux piano en prit pour son grade !
« Ouais, il suit mais fait des blagues aussi », déclare le pianiste en riant.
Tant bien que mal accordé, l’instrument garde prisonnières quelques notes mais finit par se laisser dompter. Les doigts courent sur les touches telles des araignées qui nous tissent une toile de notes merveilleuses. L’homme maîtrise aussi bien la Toile qu’il sait en tisser.

Mais quand est-ce que le délire a vraiment commencé ? Je crois que c’est une fois que le pianiste a proposé aux élèves de venir chanter. Le pauvre avait dû oublier qu’il se trouvait à l’Assomption. Natacha, comme d’habitude, affronta la première la timidité générale en nous interprétant un « Hakuna matata » des plus joyeux quoique lacunaire. Et voila que le concert se termine en karaoké général ! Et que tout le monde chante « Champs Elysées »de Joe Dassin ou tente de retrouver les paroles de « Viva la vida » de Coldplay.
Nous pûmes aussi découvrir des talents insoupçonnés dans le public...Laura Verlinden, cédant à la foule qui la réclamait à corps et à cris, nous chanta un « S’il suffisait d’aimer » de Céline Dion version chant classique incroyable. Heureusement, pour lsauver l'honneur de la 5ième A Caroline Croughs se décida à interpréter une chanson surprenante grâce à sa voix unique. Encore chapeau, Diva !
Pour clôturer ce concert quelque peu particulier, quelqu'un posa la question essentielle à tout pianiste contemporain qui se respecte:
"Vous pouvez nous jouer la musique de Proximus ? » Le pauvre musicien se lança tant bien que mal dans son interprétation de la célèbre musique pour téléphonie mobile et, au milieu du morceau, il s'arrêta net de jouer en déclarant:

« Et après tu décroches, quoi ! ».

Ps : pour suivre à votre tour le concert, rendez-vous sur http://www.blogger.com/www.domenicocurcio.com où il est retransmis.

1 commentaire:

  1. Très chouette article, Alexia... je me permettrai de le retoucher un petit peu ;-)

    (Non je ne suis pas une anonyme... mais ta prof de français!)

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